Etape 5 : Marathon 2 - 2ème Journée

Publié le par Jean MADESKY

Etape 5 : Marathon 2 - 2ème Journée

La nuit du désert a enveloppé le bivouac d’une demi sphère parfaite incroyablement étoilée dont on aurait pu saisir les points lumineux rien qu’en tendant la main. La lune, en croissant horizontal bombé vers la terre a donné toute l’étendue des légendes orientales à ce spectacle de rêve.
Vers 5h30, l’aube a jeté un dégradé intense filant du jaune au bleu sur le bivouac frémissant.

Déterminé, j’ai réalisé que je n’avais pas de temps à perdre si je voulais profiter des concurrents avant le brief.
Alors j’ai engagé la conversation avec Sylvain et Jules, équipage 191 (Sylvain RAIMBAUD / Jules BESNARD-FUZEAU - SUP DE CO LA ROCHELLE, 17). Ils me disent qu’ils garderont un souvenir inoubliable, énorme, de cette aventure eux qui, en septembre, hésitaient encore entre l’aviron ou s’investir dans le Students Challenge.

Progressant en groupe avec Florian et Victor, équipage 102(Florian CARTON / Victor COSTA - SUP DE CO LA ROCHELLE, 17), je sonde en même temps de ce coté là, avide de révélations. Je ne cherche pas à orienter quoi que ce soit mais ils précisent même que venir découvrir le Maroc dans ces conditions vaut tous les tourismes classiques du monde.




Ces deux équipages se sont pris au jeu du classement tout en vivant une superbe expérience de communauté. Un bel esprit que je salue avant, justement, d’aller en quête du classement du jour.

Dans la catégorie étudiants :
L’équipage 150 de Sylvain Deschamps et Romain Blard avec 79 points
• L’équipage 151 de Yves et Nelly Striby avec 83 points
• L’équipage 147 de Clémence Bensimon et Corentin Taponier avec 84 point
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Dans la catégorie mixte :
• L’équipage 121 de Laurent Fourcher et Eric Gacon avec 28 points
• L’équipage 157 de Christelle Egreteau et Marie Hélène Gaudin Damy avec 28 points en ex-aequo
• L’équipage 161 de Stéphane de Wilde d’Estmael et Thibaut de Raikem avec 33 point
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Pour rappel, le nombre de points indique les pénalités acquises dans une course où le but est d’en avoir le moins possible.
Le brief ne va pas pas tarder et tout le monde attend. Alors je me glisse dans les confessions del’équipage 106 composé de Florent Amant et Simon Brousmiche. Ils ont passé une nuit tranquille. Couchés tôt, levés tôt. En pleine forme pour me dire qu’ils veulent déjà revenir l’an prochain. Ils soulignent que l’orga a fait un « boulot de dingue ». 9èmes au classement, ils m’avouent que ce n’est pas forcément leur priorité face à tout ce qu’ils ont happé ici.



Juché sur une dune, le dos tourné au soleil levant, Ludo parait. Le contre jour masque les légères traces de fatigue que cet hyper pro a accumulé en gérant ce 8ème Students Challenge.
Rémi l’accompagne, concentré, résolu à faire de cette dernière étape une réussite totale.
Un dernier brief du millésime annonçant que le parcours effectuera une spirale initialement prévue sur environ 3 heures de pur trip marocain.



Le départ est donné.
Nous faisons arrêt au premier point de passage que beaucoup d’équipages ne voient pas.
Une bonne lecture du road book permet, en effet, de déceler certains pièges.
Et, en effet, ce PDP est visible. Mais subtil…
Ludo ayant fait partir les têtes de courses en différé, les groupes des compétiteurs sont éclatés et cela laisse toutes leurs chances aux plus en retard sur le classement de se rattraper.
Les compétences devraient donc continuer à se révéler aujourd’hui.
La course file jusqu’à un oued où ça pelte déjà sec !
Amdullah ! Comme on dit ici pour remercier Dieu.
Enfin un oued qui tient ses promesses !
La solidarité se met déjà en place.
Et ça pousse. Ca tire. Ca pelte. Ca tire. Ca pousse. Ca crie. Ca pelte.



Certains sont sacrément piégés alors que d’autres se désenlisent aisément.
Et beaucoup, aussi, passent d’un coup. Les doigts dans l’oued.
Je ne citerai personne, bien sur.
Les gens donneurs préfèrent toujours l’anonymat.
Nous repartons sur le continental fond d’une mère asséchée plusieurs dizaines de siècles plus tôt.
La terre plane et anthracite offre un terrain de belles plages d’accélération et chacun en profite.



Des kilomètres et des kilomètres de Mars ? Jupiter ? Lune ? -qui sait ?- nous mènent à Fezzou, village en extra de l’ordinaire que nous traversons escortés des courses et des cris des enfants.
Les acacias reparaissent ainsi que les tapis floraux jaunes et nous entrons dans un nouveau décor qui nous porte au CP4.



Il est 10h15 et la moitié des équipages est déjà passée.
Nous filons donc pour rattraper la tête de course.
Les 46 équipages, éparpillés, en nombre suffisamment éthéré pour conserver toute la magie du paysage, est vraiment un parti pris à saluer dans l’organisation du raid.
Ce matin encore, c’est l’idée générale que je ressentais dans les confidences.
Donner la part belle à l’intimité et aux rapports humains.
Un énigmatique défilé rocailleux nous ouvre maintenant une voie fleurie.



C’est tellement beau sous ce soleil qui fait briller les toisons des chèvres noires que des patres guident au loin !
Les équipages prennent leur cap. C’est une merveilleuse journée d’étape.
Au très loin, les hauts sommets de l’Atlas pavoisent de leur écharpe de neige.
Et la piste n’en finit pas de sinuer dans ce printemps précoce.
Des bergers des montagnes laissant courir les moutons nous saluent, des jeunes filles et des enfants aux puits agitent leurs mains vers nous, nous recevons même le rare sourire timide de porteuses de fagots.
Rarement, dans la compétition, le temps n’aura autant arrêté son vil cours et, pourtant, la ligne d’arrivée ne devrait plus être loin.





Et les 4 fiers winflags du raid Students Challenge battent soudain les airs à l’horizon.



C’est là que tout se joue. Commence et termine en même temps.
Là que les scores seront irrémédiablement figés.
Tout est calme et le traditionnel et ultime rassemblement général de chaque édition se déploie.
Pour les compétiteurs, c’est l’angoisse du classement final.
Pour tous, c’est, néanmoins, un moment de pique –nique à l’ombre d’un acacia.



Les groupes discutent mais la concentration demeure le maitre mot de l’ambiance.
Il nous restera un petit trio d’heures avant de rallier Ouarzazate, à quelque 200 km d’ici, où se déroulera, demain matin, au sein du mystérieux musée du cinéma, la remise des prix.
Auparavant, à la faveur hospitalière de l’hôtel Hanane, tous les membres du raid 2015 profiteront de la soirée spéciale organisée en leur honneur.
En route, c’est déjà décidé, tous les teams feront halte à Tazzarine pour dévorer un tagine fondant ou une goûteuse omelette berbère en sirotant des Coca sous les canisses.



Histoire de faire durer ce temps qu’on voudrait infini en compagnie des gens d’ici.
Durant tout ce raid, j’ai entendu tellement de pensées fortes sur les habitants de ce somptueux Maroc que je ne peux pas conclure, aujourd’hui, sans leur laisser la part belle.



Les gens d’ici restent légende d’ici.
Les gens d’air

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