L'action solidaire : La Green Day

Publié le par Avi-Team179

L'action solidaire : La Green Day

A 13h30, le soleil caressait son zénith. Un vent bizarre faisait que nous ne savions plus si nous avions toujours chaud.
Loin, au fond de la plaine agricole striée des arpents de terre, trônait l’erg dont nous avions tutoyé les flancs lors de la spéciale du matin.
Les agriculteurs nous avaient aménagé un parking de fortune où les voitures du raid arrivaient de manière régulière.



Après le sport du matin, place à la Green Day. La journée verte.
La Green Day a lieu, chaque année, lors du Students Challenge et ce, depuis 8 ans.
C’est une journée très spéciale, placée sous le signe de la rencontre, du partage et de l’entraide.
Des valeurs infiniment importantes sur le raid.
Les studentistes vont planter, avec les agriculteurs de la zone concernée, 500 palmiers.
Dans l’organisation, il n’est pas question de faire à la place de l’autre.
Aussi, grâce à des actions menées depuis un an (parfois plus) que les participants élaborent leur participation au raid, ils mènent, en parallèle, dans leurs villes ou leurs régions, des actions caritatives leur permettant de récolter des fonds.
Ces fonds sont ensuite reversés au Students Challenge qui les convertit en éco-points.
Ces éco-points servent à acquérir des biens dont les habitants du sud du Maroc ont besoin.
En l’occurrence, il s’agit d’acheter des palmiers qui seront plantés dans cette région où la désertification a causé beaucoup de ravages.
Cette opération est gérée par l’association Cœur de Gazelles, que préside Marina Vrillacq, et dont les actions sont très larges dans cette région, notamment pendant le déroulement du Rallye Aïcha des Gazelles. Mais aussi tout au long de l’année en maintenant une présence terrain permanente grâce à des bénévoles comme Fred Valat qui multiplie les opérations.
La Green Day est une manière novatrice de penser.
En effet, Cœur de Gazelle n’entend pas faire à la place des autres ou envoyer des fonds qui pourraient se perdre.
Cœur de Gazelle est sur une vraie dynamique d’accompagnement participatif.
Aussi, et parce que c’est une chose incroyablement enrichissante de « faire aux côtés », il va s’agir ici d’effectuer une plongée totale dans un des aspects, et non le moindre, de la vie paysanne locale.
L’apport est ici végétal et humain.
Chacun le sait. Chacun l’attend. Cette phase du raid, qui complète une solidarité déjà phénoménale, sera le point d’ocre de cette aventure hors du commun.
Le parking est plein des voitures multicolores et multi-horizon des raiders, alignées respectueusement comme pour remercier les agriculteurs de leur avoir réservé un tel accueil.
Chacun, muni de la même pelle qui, le matin avait servi à extraire le sable bloquant les roues, attend le signal de départ.



Chaque team sera sous la houlette d’un agriculteur.
Un long manifeste humain s’engage alors sur le poussiéreux sentier de terre battue qui dessert les parcelles agricoles. Le vent envoie au ciel des particules, formant un halo beige autour des marcheurs.



Les agriculteurs, à l’endroit où les équipes vont se séparer pour aller œuvrer dans les différents arpents, ont dressé une tente berbère en kayma. Sur son côté gauche, l’emblème du Students Challenge donne à cette rencontre une internationalité touchante.
Nos hôtes distribuent du thé à la menthe sur de larges plateaux en métal blanc ciselé ainsi que des fruits secs et des biscuits.



Fred Valat prend la parole. Il nous explique comment vont se dérouler les choses et, surtout, accompagné de Mohammed, un de nos spécialistes en palmiers, comment on plante.
L’enjeu de ces opérations est considérable. L’ambition est, en effet, de créer une grande palmeraie solidaire.
Rémi prend alors le micro pour inaugurer cette Green Day 2015. L’émotion de sa voix est palpable.



Il rappelle l’enjeu primordial de la datte dans la région. Les palmiers qui sont plantés ici depuis 8 ans produisent un fruit qui se vend entre 70 et 120 dirhams (environ 7 et 12 euros). C’est un produit de très grande qualité sachant que le premier prix d’un kilo de datte au Maroc se situe aux alentours de 30 à 40 dirhams (3 à 4 euros).
Il s’agit donc d’un réel enjeu de subsistance pour les agriculteurs et leurs familles. Et également pour l’ensemble de la collectivité locale qui bénéficiera, bien entendu, de toutes les répercussions économiques de cette production.
La Green Cup qui récompense les équipages qui ont ramené le plus d’éco-points.
Cette année, le classement se décline comme suit :
Premiers : Matthieu et Florian, équipage 108 (Matthieu LAMBERT - 84 / Florian DUC - 84), qui ont ramené 84 éco-points



Seconds : Pierre et Alexis, équipage 180 (Pierre MOREL - SUP DE CO LA ROCHELLE, 17 / Alexis LE GOFF - U.F.A. JEAN ROSE, 77), qui ont ramené 58 éco-points
Troisièmes : Jacques et Nathalie Galy, équipage 126 (Jacques GALLY - 33 / Nathalie GALLY - 33), qui ont ramené 52 éco-points
Les vainqueurs, et c’est une nouveauté sur le millésime 2015 du Students Challenge, remportent ici une épreuve de confort.
Aussi, en lieu et place du bivouac, c’est dans une suite de la superbe auberge « les portes du désert » qu’ils passeront la nuit, au chaud, dans des draps, sous une couette, sur un matelas.
Dans le raid, c’est un lot royal ! D’autant que les nuits demeurent particulièrement fraiches…
Il est maintenant temps d’aller offrir un gite terrestre à ces jeunes pousses qui forment de gros fagots sur le bas- côté du sentier agraire.




Le vent s’est calmé. Il fait chaud.
Chacun suit son guide agricole dans la parcelle qu’il entretient. Les trous ont déjà été creusés.
Ce sont quelque 100 personnes qui s’éparpillent, portant des fagots, chantonnant sous le soleil.
C’est plein d’allégresse.



Ne sachant qui suivre, je m’assois sur un tertre pour profiter de la scène. Partout autour de moi, sur des centaines de mètres alentour, pliés en deux, pelletant de nouveau pour recouvrir les racines des plants, les raiders s’activent avec concentration.
10. Puis 20. Puis au moins 100... Je ne peux plus compter le nombre de plants qui, dans un siècle, surplomberont très largement ce coin de campagne marocaine, lui conférant un poumon de verdure qui manque cruellement aujourd’hui.
Les jeunes branches pointent vers le ciel tandis que leurs racines vont puiser les minéraux qui leur assureront, avec le partenariat actif de l’homme qui veillera à son hydratation, la subsistance.



Il faut environ 5 ans à un palmier avant que ses racines n’atteignent la couche du sol suffisamment profonde pour le nourrir durablement.
Pendant ce temps, il peut avoir l’air mort dans sa partie visible.
Dès que la terre a recouvert les jeunes racines, il faut abondamment arroser.
Ce sont donc des cohortes de raiders porteurs d’eau qui sillonnent les arpents, apportant cet or absolu à leur nouveau né.
Tout autour des parcelles, de l’espace plat et sablonneux à perte de vue qui semble vouloir aller chercher les montagnes lointaines.
Des groupes éparpillés, je ne perçois que quelques bribes de voix que le vent veut bien me rapporter.
L’application de chacun est émouvante et le lien fort qui unit l’homme de la terre en turban et djellabah au raider en lunette fluo donne une osmose immanente.



Il manque tout de même un équipage à cette communion.
Il s’agit de Guillaume et Vincent, équipage 119 (Guillaume LHUILLIER / Vincent GIRARD - ENSAM, 33
).
Ces deux là n’ont pas décidé de boycotter la journée. Bien au contraire !
Ils ont pensé, expérimenté, dessiné, élaboré un four solaire qu’ils sont en train d’offrir aux gens du village.
Leur démarche est purement splendide puisqu’ils tenaient à ce que ce four soit en total accord avec cette région et en accord total avec l’environnement. Aussi l’ont il isolé en lin et en chanvre.Le challenge de leur démarche a été, de surcroit, de l’amener eux même dans leur voyage depuis la France, une Peugeot 205.
Chapeau bas Messieurs…



Nous sommes donc dans une logique de communication totale avec les gens d’ici.
Les studentistes sont gais et solennels en même temps. Ils mesurent le poids de se qu’ils sont en train de faire. Les seaux d’eau sont lourds et le puit est loin. Les coups de pelle dans le sol accroit encore plus la fatigue de la course du matin. Mais qu’à cela ne tienne, tous ont une lueur de vie spéciale dans le regard.
Une fois leur noble œuvre accomplie, c’est autour d’une nouvelle collation préparée par les habitants du village que tout le monde se retrouve avec leurs parrains d’un jour afin de poursuivre ce moment de partage et, très sûrement, retarder la fin de si beaux moments.
Monsieur Bourchouk, président de la commune a tenu à nous faire la surprise sa visite.
Il prend la parole et adresse des remerciements poignants à l’ensemble des équipes.



Je l’entends même avancer qu’un tourisme de cette nature est, pour lui, bien plus précieux qu’un tourisme photographique. Il revient sur ces années de partenariat avec le Students Challenge en les saluant avec un respect fort.
Puis, Fred Valat s’exprime de nouveau et invite les participants à revenir, d’ici 20 ans, avec leurs enfants, afin de retrouver cet arbre qu’il auront planté.
Il termine par des chiffres qui donnent le vertige : Cœur de Gazelle, c’est 8000 palmiers plantés dont 4800 dans le secteur où nous sommes, Tamsguidate.
Il est impossible de ne pas remercier, pour leurs actions si généreuses et l’acharnement avec lequel elles les mènent, ces personnes de Cœur de Gazelle dont l’aura abreuve nos cœurs de cet espoir parfois si difficile à entretenir : Marina Vrillacq, Fred Valat, Mohammed Oufkir, Ahmed Ourkir et bien d'autres.
De même que nos pensées se dirigent vers les habitants de Tamsguidate et de Tafersguite.
Merci pour cette leçon de vie que vous nous avez servi sur la paume de votre main tendue.
C’est un voyage culturel incomparable que chacun emportera, ce soir, au bivouac.
Il y aura aussi des femmes berbères qui proposeront des tatouages au henné.



Des airs de musique marocaines entretiendront sans doute cette envoutante relation que le raid aura établi avec la nature et ceux qui en portent le flambeau.
Ces degrés de température qui s’ajouteront dans les âmes de nos concurrents resteront comme la plus spectaculaire des chaleurs dans la froide nuit étoilée de ce sud marocain qui a ouvert des portes monumentales.
Celles du partage.
Celles de la plus puissante des forces de l’univers : l’humani
té.

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