Etape 2 : Marathon 1 (2ème Journée)

Publié le par Jean MADESKY

Etape 2 : Marathon 1 (2ème Journée)

Etape 2 : Marathon 1 - 2ème Journée

Tout était toujours blanc et paisible ce matin.



Ludo a commencé par remercier tout le monde pour son comportement de la veille et a salué l’énorme esprit d’équipe et le sang froid de chacun.
Il va nous falloir, aujourd’hui, parvenir à franchir ce col qui nous a refusé son passage hier.
Il faut dire que le Tizi Npairhemt culmine à 1907 mètres et que son enneigement est souvent spectaculaire.
Ludo craint que quelque camion aventureux n’ait bravé sa route durant la nuit et qu’il se soit renversé. Ce qui arrive également régulièrement et bloque, pour des raisons différentes, la route.
Les problèmatiques du jour sont au nombre de deux.
Passer ce col retors.
Réussir à effectuer enfin la spéciale (étape sportive du jour) qui doit se dérouler aux alentours de Erfoud, à 250km au sud de Midelt, dans la région de la légendaire Merzouga.
Cependant, l’oued Ziz qui baigne Erfoud a accumulé toutes les grandes pluies de ces derniers jours et a tant grossi que toute circulation, en ou hors piste, à ses alentours est impossible.
Il se trouve que c’est là, précisément, que devait se dérouler l’épreuve du jour.
Ludo, Rémi et l’équipe terrain ont travaillé toute la nuit pour établir un nouveau road book afin de rendre l’épreuve possible.
Et oui ! Le Students Challenge est, avant tout, une course et il faut donner à manger à nos lions !
Dehors, la neige fondante nous indique que nous pouvons prendre le départ. Et les nouvelles données par les forces de l’ordre sont rassurantes même si le col demeure encore difficile.
Nous partons donc tous, la fleur au fusil, remplis de cet espoir qui déplace les montagnes.
Nous n’en demandons pas tant mais le cœur est vaillant…
L’hiver 2015 est le plus rude qu’ait connu le Maroc depuis 20 ans et cet état de fait occupe les unes des journaux.



C’est à 8h45 que nous partons. Le véhicule de presse que j’occupe est celui qui ouvrira la voie afin de tenir le staff au courant de tout avatar éventuel. Il faut dire que nous sommes en Land Cruiser, un sacré gaillard on ne peut plus à même de remplir cette mission.
Nous laissons Midelt derrière nous et apercevons bientôt la longue et impressionnante pente qui nous mènera au sommet du col.
Sur le côté, plusieurs dizaines de camions attendent le moment propice pour s’élancer.
Nous les doublons. Nous sommes seuls sur la route enneigée.
Calmes, nous discutons des évènements du jour et j’en profite pour prendre des nouvelles del’équipage 134 (Geoffrey MERET / Tony MOERS - ITII CHAMPAGNE ARDENNE, 51).
Geoffrey Meret et Tony Moers ont, en effet, fait les frais de ces conditions particulières.
Remorqués hier, ils ont, en route, perdu une roue. Ce matin sortis du pétrin, c’est une fuite qui les a immobilisés. La méca, comme on les appelle ici, les a, bien entendu, illico dépanné mais c’est leur moral qui en a pris un coup.
Il neige encore beaucoup mais nous parvenons sans encombre au sommet du col.
Je ne peux pas décrire le paysage car on ne le perçoit pas tant les couches de neige et la grosse brume qui nous entourent ont tout uniformisé.
Connaissant l’endroit, je sais néanmoins que c’est une plaine que nous traversons.
Sur des lieues et des lieues… Dans une ambiance qui ferait pâlir d’envie un enfant à Noël.
Subrepticement, la neige commence à se faire rare. Un tout petit peu, puis un peu moins et encore un peu moins. Notre descente est donc en cours.
A mesure que nous regagnons des altitudes plus basses, la terre pointe de plus en plus même si elle reste très largement recouverte de blanc. Et puis c’est la terre qui l’emporte.



Nous ne crions pas victoire pour autant, craignant que nous ne soyons, à nouveau, dans l’œil du cyclone.
Mais les distances s’ajoutent et la terre reste dégagée.
Seules les montagnes qui semblent nous constituer un splendide couloir de navigation demeurent immaculées.
A 60 km d’Errachidia, nous réalisons avec certitude que la neige est vraiment derrière nous. Nous alertons le poste de commandement que tout devrait bien se passer pour nos aventuriers compétiteurs.
C’est une très bonne nouvelle et elle nous donne un bel espoir pour l’épreuve de l’après midi qui, pourtant, ne dépendra pas des mêmes conditions climatiques.
Dans le ciel, des nuées de nuages, aux teintes éclatantes allant du blanc au noir profond, dansent un ballet féérique qui donne à la terre encore très humide des airs de kaléidoscope.
Nous nous rangeons sur le bas côté pour attendre les équipages qui ne devraient pas tarder à arriver.
Rapidement, un premier. Puis un second. Puis des groupes rapprochés qui, tous, répondent à nos grands signes de main par des coups de klaxons heureux pendant que Nico les photographe en multipliant les acrobaties.
L’architecture que nous découvrons maintenant achève de nous rassurer. C’est celle du grand sud.
Avec ses tourelles carrées et crénelées en terre rose ocre, le majestueux style de ces régions nous offre une introduction merveilleuse qui nous happe instantanément.
A quelques encablures d’Errachidia, nous découvrons, sur notre gauche, s’étendant sur des kilomètres et encadré par les flancs plongeants des montagnes, le lac du barrage.
Il scintille sous le timide soleil et, malgré que l’air soit encore bien froid, nous descendons pour nous nourrir de ce spectacle.

Je pense alors à Gauthier Paichas, notre dynamique participant de l’équipe 122 (Gauthier PAILHAS - 30 / Christophe MARZIALS - 30), en course avec son professeur de marketing, Christophe Marzials, formant singulière et dynamique équipe venue ici par un acharnement gagnant à défendre un projet auquel ils ont voué toute leur énergie pendant des mois.
Et puis je pense à Florian et Clément Lenoir, équipage 233 (Florian LENOIR - 60 / Clément LENOIR - LES COMPAGNONS DU DEVOIR, 59), qui étaient si inquiets, à Meknès, pour leur Cocc’ rouge et que je vois cabrioler sur les routes marocaines.
Et puis je pense aussi à Clémence Bensimon et Corentin Taponier, équipage 147 (Clémence BENSIMON - UNIVERSITE PARIS SUD, 91 / Corentin TAPONIER - IUT CACHAN, 94), au volant deleur so-vintage Morris de 1969 avec lesquels j’avais passé un si bon moment deux jours plus tôt et qui m’avait rappelé que leur voiture était plus jeune que moi… Les voilà qui s’accrochent à une route qui semble avoir été faite pour eux.
Voilà pourquoi tout le monde est venu ici, je songe, finalement, en les regardant devant ce lac merveilleux !
C’est sur les coups de 12h30 que nous entrons enfin dans l’Errachidia désirée.
Son animation nous saisit en une seconde.
Le trafic est dense mais très fluide, la population est abondante et variée, certains portant dejallabah et d’autres costume de ville. Des nuées de mobylettes arpentent les artères que nous parcourons et leur valse avec les automobiles fonctionne à merveille. Il y a d’antiques Mercédes et des modèles non identifiés. Il y aussi aussi ce qu’on fait de plus nouveau. Les souks s’agitent pendant que les cafés diffusent des thés à la menthe aux plus nonchalents.
Ici règne un des aspects les plus saisissants de ce Maroc qu’on vient chercher.
C’est un bled (« bourg » en arabe) typique et organisé que nous laissons pour prendre la direction d’Erfoud.
Où se déroulera l’étape du jour.
Les plaines larges et terreuses nous offrent de beaux reflets sous ce timide soleil d’hiver.
C’est sur ces sols que s’élanceront, tout à l’heure, Anne Sophie Champagne et Sébastien Francisco, équipage 179 (Anne-Sophie CHAMPAGNE - RENNES 1, 35 / Sébastien FRANCISCO - 35). Je suppose que la belle âme de Anne Sophie, qui soigne des singes à Girone, en Espagne, sera conquise par toute cette nature brute. Tout autant que celle de Sébastien, mécanicien, dont les compétences rassurent forcément un duo dans ce type de course.
Je pense aussi à Lucie Vannoye et Alice Fèvre, équipage 169 (Lucie VANNOYE - EDHEC BUSINESS SCHOOL, 59 / Alice FEVRE - FACULTE DE BOURGOGNE, 21), qui laisseront très certainement s’éclater leur Renault Rodéo sur ces même étendues. Je les surnomme, presque sur leur invitation, et avec beaucoup de tendresse, les blondes, car ces deux-là nourrissent une candeur spontanée particulièrement attachante.
On avale rapidement un pique-nique improvisé puis il est temps de filer pour être au plus vite au départ de la course.
Roulements de tambours ! Les jeux sont ouverts ! Faites entrer les lions…
Le goudron est loin derrière nous quand, après plusieurs kilomètres de piste, nous atteignons l’aire de départ.
Les drapeaux du Students Challenge, balayés par le vents, claquent dans cette plaine aride, rouge brique et rocailleuse.
Les concurrents sont là. Parés au départ. En file parfaite, disciplinée.



J’en déduis que c’est un bon moment pour recueillir quelques témoignages.
« On y est, ça y est ! » hurlent Jean Michel Cournand et Olivier Deluy, équipage 103 (Jean-Michel COURNAND - KEDGE Business School Marseille, 13 / Olivier DELUY - 13).
« Quel bonheur d’être enfin sur la piste » poursuivent-ils !
Sylvain Deschamps et Romain Blard sont là aussi, portant fièrement l’étendard 150 (Sylvain DESCHAMPS - UVSQ, 78 / Romain BLARD - SUP DE CO LA ROCHELLE, 17). Ils sont des habitués de nos rangs studentistes et connaissent donc les enjeux de la compétition. C’est, en effet, leur troisième participation. Ils déplorent d’avoir cassé un amortisseur qui a été, certes, réparé mais qui leur fait grincer les dents. Mais de tels compétiteurs ne sauraient se laisser intimider par un si vil ennemi.
Quand je demande à Valentine Plaettner et Marie José Micoud quels ont été leurs ressentis sur cette période glaciaire qui nous a porté sur les deux derniers jours, je vois leur visage s’illuminer de malice.
« Nous sommes de Rhone Alpes » lancent elles en chœur. « Alors la neige, même pas peur ».
D’autres questions ? Non non, ça ira. Merci.
Voilà un duo de battantes qui cadre vraiment bien avec le côté sportif du raid.
Je m’aperçois cependant que le moment n’est pas aux confidences et je décide donc d’arrêter là mes questions, les volants étant serrés par des mains fébriles et les pédales d’accélérateur sous pression de pieds impatients.



La chasse aux raiders commence alors dans cet espace lunaire où on distingue, au loin, isolés ou en groupes, les voitures qui cherchent leur chemin, l’ont trouvé. Ou ne savent pas…
Ne pas savoir, c’est chercher, appréhender, s’arrêter, envisager, repartir doucement puis ralentir encore. Le tout à répétition. On appelle ça « jardiner ».
Nous nous rapprochons d’eux, veillons, nous éloignons, veillons.
Certains vont à l’est, d’autres vont à l’oued.
Nous arrivons au check point (CP) n°2, niché dans un groupe de palmiers, rayonnants et verdoyants après ces jours de pluie.



Le temps de laisser notre photographe traquer les images qui illustreront ces premières heures de la compétition, je continue ma quête d’anecdotes, d’impressions et d’informations.
D’ém
otions…
Julien Juilleret et Yanis Chichignoud, équipage 166 (Julien JUILLERET / Yanis CHICHIGNOUD - IUT FRANCHE COMTE, 25), on pas mal jardiné sur les deux heures précédentes mais les voilà sur la bonne direction. C’est le paysage qui les porte. Pas le classement. Placides, calme, deux garçons dans le vent du désert.
Quant à Jacques Huot et Lucas Perret, équipage 145 (Jacques HUOT / Lucas PERRET - IUT GMP BESANCON, 25), ils ajoutent au plaisir des yeux celui du cœur car les rencontres les passionnent tout autant que découvrir des contrées inconnues.
Et oui, c’est tout ça à la fois le Students Challenge.
Quentin Ville et Floria Reypin, équipage 138 (Quentin VILLE - IUT 2 UPMF, 38 / Florian REYPIN - INSTITUT UNIVERSITAIRE DE TECH 1, 38), sont également de la race des épicuriens. Ce qu’ils veulent, c’est rouler, rouler, rouler… Et vivre une aventure passionnante. Tous deux originaires de l’Isère, je n’ai pas pu obtenir d’eux la moindre confidence de crainte sur ces passages neigeux extrêmes que nous avons vécu.
L’après midi a déployé l’essentiel de sa durée et le soleil ne va pas tarder à disparaitre derrière la grande dune de Merzouga où nous nous poserons ce soir, à quelque 80 km de là. Les concurrents affluent à la ligne d’arrivée sous des clameurs de klaxons et de dérapages dans les grandes flaques de boue laissées par les précipitations.
La nature nous a béni aujourd’hui, exauçant nos vœux et nous laissant jouer avec elle.
Tout le monde est donc satisfait. Nous avons laissé le fougueux oued Ziz s’occuper de ses affaires et avons géré les notres.
Nous suivons le soleil blafard de cette fin de journée qui nous indique le chemin. L’ambiance est joviale dans notre voiture car, aujourd’hui, Annick, notre merveilleuse pilote, fête son anniversaire.



Et aussi parce que nous réalisons l’immense privilège que nous avons d’être là, dans cette nature fascinante, loin des villes et de leur stress, sur une course automobile, à chacun exercer un métier qui nous fait vibrer de la tête aux pieds en s’attardant largement sur le centre de nos émotions.
C’est un Ksar Yasmina d’une beauté fulgurante qui nous accueille. Planté au pied du sublime erg Chebbi, la plus haute dune du monde, si lisse et rougeoyante qu’on voudrait la caresser, baigné tout autant par l’astre déclinant que par un lac pluvial l’enserrant comme des douves.
C’est dans le mélange hallucinant d’une majestueuse bâtisse orientale et d’un château d’Ecosse que nous pénétrons.



Nous avons tous du travail à faire encore. Mais nous nous précipitons tous sur nos appareils photo pour rejoindre ceux de nos concurrents qui sont déjà là à faire de même.
Les poses se prennent naturellement et les jets des déclencheurs scandent le calme magistral de l’endroit.
Chacun réalise enfin que son rêve se réalise. Que ces longs mois de préparation du raid sont en train de se dérouler. Que oui, résolument, ça valait le coup !
Ce soir, ce sont des tentes berbères en kayma (tissage en poil de chèvre) qui abriteront la nuit de nos équipages.
Elle sera sous la très haute bienveillance de la dune dont la nuit marquera encore plus les contours monumentaux. Ceux qui veulent les toucher appelleront les étoiles tandis que les autres s’étendront sur des tapis berbères multicolores, dégusteront du thé à la menthe en écoutant le cri nocturne des dromadaires.
Nous sommes en pleine magie marocaine.
Les éléments, ici, se conjuguent au son des ouds , des luths et des hommes en turban, diffusant cette sagesse immémoriale qui, de nouveau cette année, a déjà commencé à nous envouter.





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