Etape 1 : Marathon 1 (1ère Journée)

Publié le par Jean MADESKY

Etape 1 : Marathon 1 (1ère Journée)
Il était 5h30 quand je suis arrivé dans le grand réfectoire du Dalia. 
J’avais vraiment besoin d’un café.
Eberlué, j’ai vu, dehors, un de nos jeunes concurrents faire son footing matinal avec concentration.
Je l’ai envié pour cette saine activité que je ne pratique pas assez. Mais, surtout, je l’ai admiré.
Très vite, le lobby s’est animé des allers et retours de tous les participants, le départ étant programmé à 7h.


 

 

 

Tous ? Hélas, non. Il manquait, et manquera jusqu’à la fin de cette aventure, Alix et Arthur de l’équipage 185 (Alix ANASTASSIOU - SUP DE CO LA ROCHELLE, 17 / Arthur ROUX-MOLLARD )dont la voiture, tombée en sérieuse panne à Tarifa, n’a pu être réparée. Il va de soi que le profond regret que nous avons tous ressenti de ne pourvoir nous mesurer à eux et les côtoyer avait une sincérité particulière. Espérant qu’ils parcourent ces lignes, je leur adresse un amical salut.
Le parking, aussi, s’agitait des derniers préparatifs et, regaillardi par la chaleur et la saveur de mon breuvage, je me suis dirigé vers cette effervescence.
C’est là que j’ai rencontré Pierre-Jean de l’équipage 130 (Pierre-Jean BLARD - 78), très occupé à vérifier les derniers détails de sa splendide Renault 30 en dominante rouge et jaune. J’ai aussitôt fait un grand bon dans les belles voitures des années 80 qui ont bercé mes rêves d’enfant, à l’époque où je piégeais les tétards dans les rues de ma Normandie natale.
Pierre-Jean un passionné dont les yeux scintillent à la simple évocation de son cheval d’acier, m’a alors expliqué qu’il concourrait avec sa femme Michèle. Habitué du Maroc, ce couple sympathique met un point d’honneur à y revenir avec, toujours, une thématique différente.
Hall et parking sont désormais accaparés par des groupes épars, dont nombre porte bonnet ou casquette rivé jusqu’aux sourcils, histoire, sûrement, de masquer les stigmates d’une nuit réparatrice mais courte.
Tous scrutent le premier road book de l’édition 2015 et les discussions vont bon train.

 

 

 

J’en profite pour m’offrir un troisième café et je décide de le déguster en m’asseyant près denotre Médecin, Benoit. Il vit et travaille au Mans. Franc et direct, on devine une grande bienveillance dans son approche très ouverte. 
Je ne savais pas encore, à cette heure, à quel point sa présence positive aurait une diffusion large tout au long de cette première journée de course. Non pour soigner. Mais pour accompagner et aider efficacement l’organisation. Les valeurs humaines sont toujours un critère prépondérant au Students Challenge.
Le laissant partir vers sa propre préparation à la journée, je rencontre Valentin et Jules, équipage 137 (Valentin COURTINES / Jules ROGER - IUT - Université d'Artois, 62), absorbés par la lecture de leur road book. Ils me confient s’être beaucoup entrainés à son déchiffrage par internet en se chronométrant pour gagner en compétence. Sages et concentrés, ils laissent paraitre un sourire qui, je l’espère, sera un gage de joli raid pour eux.
C’est alors que Ludo prend la parole.
Il a neigé, de nouveau, cette nuit, sur les hauts plateaux de l’Atlas, rendant notre itinéraire de liaison initial impratiquable.
Il faudra donc contourner la zone concernée.
Ludo reprend le nouveau parcours en prodiguant, avec rigueur, tous les conseils de pilotage.
Il me fait penser à un sage prédicateur voulant ardemment que personne ne s’égare suite à ce road book modifié.
Les 6 heures de liaison annoncées hier vont, nous le devinons tous désormais, s’étirer dans le temps…
L’homme a beau peaufiner sa tentative de suprématie ici- bas, il ne commandera jamais aux éléments.
De vous à moi, je vous l’avoue, je trouve que c’est une agréable chose, toute mesure respectée, car la notion d’aléa trouve ici toute sa signification et donne du relief à nos vies.
Sur le raid, on appelle ça l’aventure.
Et c’est pour cela que nous sommes tous là, concurrents tout autant qu’organisateurs.
Le départ est imminent. Chaque équipage rejoint son véhicule, vérifie une dernière fois que tout est paré, attache sa ceinture de sécurité et s’élance vers les starting- block où c’est chacun son tour qu’ils s’élancent.
Avide de nouvelle rencontre, je capte Anne et Marine, équipage 104 (Anne BENOIT - UNIVERSITÉ DE MEDECINE, 44 / Marine LUET - 44).
Elles me content cette belle histoire…
Arrivées à Saint Jean de Luz, elles se mirent vite à la recherche d’un endroit où passer la nuit.
Vite aiguillées vers le curé de la paroisse, elles assistent à la fin de la messe où une dame fervente, touchée par la compétition que son propre petit fils avait déjà fait, leur propose gite et couvert.
Et c’est dans un château qu’elle les amène !
Son château !
C’est donc une nuit de princesses que nos deux charmantes jeunes filles ont passé la nuit avant de filer vers l’Espagne.
Au moment où nous quittons, pour cette année, le Dalia, il me parait important de faire un rapide retour sur les règles du jeu.
Le raid Students Challenge est une course de régularité. L’exactitude en est donc le pilier.
Il faut arriver à temps aux points de contrôle. Ni trop tôt, ni trop tard. Juste à temps.
Trop tôt = pénalité
Trop tard = pénalité
Le passage aux ckeck points est validé par le e-button, un système électronique qui enregistre l’heure. Et ainsi de suite pour les autres CP (check points) qui sont, en général, entre 4 et 6.
L’idée du road book prend donc, ici, toute son utilité. Car être attentif et bien le respecter est gage de réussite.
Cependant, pour éviter que quelque petit malins ne coupe à travers désert ou piste, l’organisation a instauré, à partir de cette année, le pointage manuel sur certains passages. 
Les gagnants seront donc ceux qui se colleront au plus près au temps de parcours inscrit sur le road book.
Ces règles rappelées, je vous propose de revenir à ce voyage du jour qu’il me tarde de vous offrir.
Car, à ce stade, je n’imaginais pas vraiment les péripéties qui nous ont fait danser le cœur aujourd’hui…
Nous laissons donc Meknès et ses beautés marocaines derrière nous.
A mesure que s’enchainent les kilomètres, le ciel demeure bas et noir et nos oreilles nous indiquent une nette prise d’altitude.
D’abord rares après la ville, les plaques de neige s’intensifient pour devenir la combinaison intégrale du paysage qu’on devine rocheux.

 

 

 

La route est, heureusement, bien dégagée et nous suivons le doigt pointé que nous indique la route filant vers l’horizon.
Le nombre de collines s’intensifie. Leur nombre et leur espacement aussi. Nous prenons bien de l’altitude.
Les nuages semblent s’assombrir et se rapprocher du sol.
Nous roulons dans une ambiance incroyable pour qui ne connait pas le caractère montagneux, ni nival d’ailleurs, pourtant prépondérant, du Maroc.    
La longue cohorte des presque 60 véhicules de notre convoi très spécial progresse à bonne allure et j’imagine sans peine l’émerveillement, chez les équipages, que suscitent ces vallons mystérieux, enveloppés de neige et de brume basse, qui pourraient inspirer Tim Burton.
La ville montagnarde de Boulemane nous accueille sous une averse blanche et une quarantaine de nos véhicules stationne déjà sur le bas- côté.
Nous apprenons qu’il nous faut, en effet, afin de passer une barrière de neige franche à quelques kilomètres plus loin, attendre que le chasse neige aie déblayé la route.
Le reste des véhicules continue d’avancer et rejoint la file déjà constituée.
Rapidement, une folle bataille de boules de neige s’engage entre les raiders et les enfants du village. Ca rit, ça crie, ça court et ça riposte. Les mains non gantées se moquent totalement de l’action du froid tant l’engouement domine.

 

 

 

 

Je jette un œil fasciné sur la légendaire Peugeot 504, de l’équipe 161 (Stéphane DE WILDE - UCL, 01 / Thibaut DE RAIKEM - 01) conduite par Stéphane et Thibaut et décide de faire connaissance avec eux alors qu’ils me paraissent contempler, incrédules, l’atmosphère ambiante.
J’apprends néanmoins qu’ils s’y sont déjà frottés 5 ans plus tôt, quasiment au même endroit, dans d’autres circonstances.
Quand ils m’assurent de la fiabilité de la 504, je ne suis pas surpris. Elle est un emblème de ma culture de la marque au lion et, dans nombre de régions au Maroc, une légende vivante.
Nous démarrons à nouveau et laissons Boulemane à son cours paisible.
S’ouvre alors à nous un total blanc dont seules quelques stries de terre émergeant ça et là nous donnent des indications sur la frontière entre le ciel et la terre.
Une fois de plus, fort heureusement, la route est claire et dégagées. En mon for intérieur, je salue les services de voierie marocains.
C’est cette ambiance cotonneuse qui scande notre progression sur des kilomètres, des kilomètres, des kilomètres…
C’est hypnotique.
Les échanges fusent dans les radios cb des véhicules de l’organisation.
Surtout, ne perdre personne.
Surtout, veiller à ce que le frein moteur soit utilisé dans les descentes.
L’attention de l’organisation est à son comble.
Un amenuisement progressif des sols enneigés nous annonce que nous revenons sur des moyens plateaux.
Les gouttes remplacent bientôt les flocons puis la terre vallonnée ocre foncé reparait totalement.
C’est sous une campagne sans autre végétation que de l’herbe à chameau que nous avançons maintenant.
Quand soudain, un embouteillage nous stoppe.
Il ne nous faut pas longtemps pour comprendre pourquoi une armada de camions de chantier s’active à quelques centaines de mètres.
L’oued Moulouya, sur lequel passe notre itinéraire, a, purement et simplement, emporté la chaussée provisoire du chantier de réfection global de la route.
Nous sommes bloqués.
Impossible de savoir combien de temps nous allons rester ici mais, une fois de plus, nul ne commande aux éléments.
Tous les équipages sont arrivés sur ce qui, pour le coup, est notre impasse momentanée.
Beaucoup s’extirpent de leurs voitures et vont inspecter le large trou qui se remplit de tout venant au fur et à mesure du ballet des pelleteuses.
L’ambiance est calme. Il fait très froid et la pluie glacée gifle nos visages.
Chacun commente, évalue le temps, photographie…
Et chacun songe aussi à cette liaison qui pourrait bien s’éterniser au-delà de nos perspectives initiales  les plus pessimistes.
Pourtant, nous estimons tous que le raccord des deux bouts de route éventrèe ne devrait pas tarder à s’achever.
La police est là aussi et veille au bon déroulement des opérations. Nombre de badauds paisibles observent le déroulement de l’opération.
Chacun est en sécurité. Aucune voiture, ni vélomoteur, ni piéton ne traversait le tronçon endommagé au moment de sa rupture.
Je songe alors à cette notion d’aléa que j’évoquais plus haut.
Il est ici enrichissement et partage.
Ainsi, quelle situation plus manifeste que celle-ci pourrait nous fournir un enseignement plus concret sur la géologie de cette région du Maroc, sur sa géographie aussi ?
Sur ces conditions de vie rudes qui balancent la vie des habitants de ces contrées au rythme de leurs caprices ?
Alors oui, nous sommes à l’arrêt, mais les esprits, eux, galopent loin vers la lumière.
Des coups d’avertisseur et des vrombissements de moteur accompagnent le dégagement du passage. J’ai eu envie d’applaudir et je suis certain de ne pas être le seul.
Nous nous engageons tous sur ce beau et nouveau lacet rectiligne qui nous approche de Midelt, à quelques dizaines de kilomètres de notre but : Errachidia.
Comme si nous étions, imperceptiblement, remontés en altitude, les paysages enneigés deviennent de plus en plus denses et nous perdons, de nouveau, le sens du ciel et de la terre qui se confondent en un blanc fraternel.

 

 

 

Cependant, la neige tombe de plus en plus drue et la hauteur de la couche de neige croît au fur et à mesure que nous avalons des centaines de mètres. 
Bientôt, c’est plus d’un mètre de neige qui s’élève de part et d’autre de la route tandis que la chute des flocons ne cesse de s’intensifier.
Ludo nous donne à tous un point de rendez- vous à une station- service proche et donne l’ordre d’y attendre ses instructions.
Téléphonant depuis le matin aux autorités de toute la région pour être certain que nous puissions arriver à bon port dans de bonnes conditions, il vient d’apprendre, en effet, que la route, quelques kilomètres plus loin, est littéralement bloquée par la neige.
Ludo ne prend aucun risque et décide, bravement, alors que tous les équipages sont réunis sur l’immense parking, de stopper notre progression qui, quoiqu’il en soit, serait vouée à un inévitable embargo si nous continuions.
C’est donc à Midelt, de laquelle nous ne sommes plus qu’à une poignée de kilomètres, que nous passerons la nuit.

 

 

 

Il n’y aura pas de partie compétition (spéciale) aujourd’hui mais nul n’y peut rien et transgresser les règles de sécurité ne pourrait même pas être abordé.
Sage, avisé, professionnel et informé, Ludo nous amène en sécurité dans un splendide ksar (construction fortifiée typique du sud du Maroc) qui résonne bientôt du vivant tumulte de toute notre expédition.
« On ne s’attendait carrément pas à un truc pareil !»
« Waouh ! Mais quelle aventure ! »
« C’était top génial ! »… Sont, en variantes de synonymes, les seuls témoignages à chaud que je recueille.
Nelly et Yves, équipage 151 (Yves STRIBY - IRTS DE LORRAINE, 57 / Nelly STRIBY - IMPRO BARTHENHEIM, 68), m’avouent que la boite automatique de leur Clio, achetée 800 euros deux semaines plus tôt leur a causé de belles angoisses mais la manière dont Yves m’explique le bonheur qu’il a eu de se retrouver dans des conditions si particulières conforte la mine épanouie que tous deux arborent.
Les échanges et le joyeux brouhaha se poursuivent tandis que, studieux et attentif aux uns et aux autres, Rémi organise au mieux la répartition dans les chambres.
Et chapeau Monsieur car ça fait environ 120 personnes à organiser en un temps record ! 
Pourtant, personne n’attends, tout s’enchaine. Comme si de rien n’était.
Je n’ai pas assez d’yeux pour savoir vers qui me diriger mais je me fixe enfin sur un groupe de 4 sourires masculins.
Je m’immisce aussitôt dans leur échange.
Arthur et Antoine, équipage 114 (Arthur POINTEAU - ITII CHAMPAGNE-ARDENNES, 51 / Antoine PARJOIE - 51), me clament illico leur si grande surprise face à cette incroyable journée de climat extrême. Antoine, qui a conduit, se régale des sensations ressenties avec son partenaire, en communion avec les éléments.
Emilien, équipage 115 (Émilien GIMONET / Vincent MORIN - ITII CHAMPAGNE-ARDENNES, 51), laisse aller tout son émerveillement sur la fabuleuse attitude des marocains et leur accueilVincent Morin, son partenaire, corrobore aussitôt.
 « C’était énorme ! » concluent ils.
Pour ne pas troubler trop longtemps le délicat mais efficace check in improvisé de Rémi, je termine ma boucle humaine par Daniel et Kevin, équipage 123 (Kévin SELLIER - GUSTAVE EIFFEL, 77 / Daniel SELLIER - 77), père et fils étroitement soudés dans cette aventure aux notes de bout du monde. C’est le premier raid de Dany qui ne connaissait du Maroc que quelques bribes de Marrakech. Il est mécanicien, Kevin est chaudronnier, une équipe gagnante à laquelle la moindre panne mécanique ne saurait résister !
Eux qui voulaient du soleil et du sable… le trouveront très vraisemblablement dans les tout prochains jours.
A l’heure où je vais conclure le récit de cette fière journée, le feu dans les cheminées monumentales de notre refuge brille ardemment et c’est dans un formidable repas et un bel apéro convivial que s’étendent les récits des aventures du jour.
Le dépassement de soi réside aussi dans la capacité à trouver en soi le chemin vers l’ailleurs. Celui de l’autre, celui de la découverte de nouveaux horizons.
Je sais que ce soir, cette notion est à son comble.
Et je vous assure que ce qui rend notre groupe le plus joyeux est bel et bien de s’être affronté soi même et d’en être sorti vainqueur.
Le Maroc est un espace sans nul autre pareil. Il caresse et enseigne, il diffuse les antipodes avec une générosité qui, à jamais, marque les âmes de terre et de safran, de ciel et de murmures.
Il neige toujours. Tout est blanc et paisible. 

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